"MAKALA", un documentaire de EMMANUEL GRAS | En présence par vidéoconférence du réalisateur.

Du 21 Novembre 2018 20:30 au 21 Novembre 2018 23:00
Catégories: Cinéma
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Mercredi 21 Novembre 2018 - 20h30

Les Toiles du Doc & l'association "La Petite Ourse" - à St Montan Village

 

Association "La Petite Ourse", à 50 mètres de l'église.

2017 – MAKALA - Grand Prix Semaine de la Critique / Cannes 2017 Mention Spéciale L’Œil d’Or / Prix du Documentaire Cannes 2017

Résumé du film: En République Démocratique du Congo (RDC), un jeune villageois, espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves.

Quelques-uns de "La Petite Ourse" ont eu la chance de découvrir ce documentaire au festival du film de St Paul Trois Châteaux l'an dernier. Un choc à plusieurs niveaux; au niveau de l'image, du récit d'une simplicité et d'une profondeur rare, de la condition humaine qui nous est donnée de partager là au plus près, remarquablement...

ENTRETIEN AVEC EMMANUEL GRAS — PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE KANTCHEFF — (Extraits, si vous voulez en savoir plus; http://www.ipefdakar.org/IMG/pdf/dossier_pedagogique_makala.pdf)

/ Où a été tourné Makala ?

En République démocratique du Congo, dans la région du Katanga, au sud du pays. Plus précisément autour de la ville de Kolwezi. C’est une région assez sèche, qui comporte d’immenses mines à ciel ouvert. En swahili, Makala signifie charbon.

/ D’où vient l’idée de ce film ? L’avez-vous eue en rencontrant Kabwita Kasongo ?

L’idée de ce film m’est venue avant de rencontrer Kabwita. J’avais déjà fait deux tournages en tant que chef opérateur dans cette région et j’avais été marqué par le fait de rencontrer partout des hommes et des femmes transportant à pied des chargements de toutes sortes. Même au milieu de la brousse, on était sûr de croiser quelqu’un transportant quelque chose. Mais c’est l’image de gens poussant des vélos surchargés de sacs de charbon qui m’a visuellement le plus frappé. Je me suis alors demandé d’où ils venaient, quelles distances ils parcouraient, qu’est-ce que cela leur rapportait... des questionnements très simples. Quel effort pour quel résultat ? Je me suis alors renseigné et j’ai écrit le projet. J’ai rencontré Kabwita en faisant des repérages, une fois les premiers financements obtenus. J’étais accompagné d’un journaliste congolais, Gaston Mushid, très connu là-bas, qui a facilité tout ce que je souhaitais faire. Je suis allé dans les villages autour de Kolwezi pour rencontrer des gens qui faisaient du charbon. J’ai rencontré Kabwita à Walemba et j’ai su très vite que je voulais faire le film avec lui. J’aimais son attitude, un peu en retrait mais pas timide, son allure, et surtout son regard, plutôt doux mais très vif. En vrai, il y a des gens pour qui on a simplement tout de suite de la sympathie, vers qui on est attiré et c’était le cas avec lui. Un an après, je suis revenu, et nous avons commencé à filmer.

(...) Qu’avez-vous dit à Kabwita avant de commencer le tournage ?

Je lui ai dit que je voulais filmer son travail de « charbonnier ». Du début à la fin, du moment où il coupe l’arbre jusqu’à la vente en ville. Et que je cherchais quelqu’un qui travaillait seul. C’était très simple et finalement suffisant. Il a tout à fait compris quelles étaient mes intentions. Et du coup, on discutait de ce qu’il allait faire, des étapes de son travail. Ça donnait un cadre assez précis et faisait qu’il pouvait prendre en charge son propre rôle. Je pense que le documentaire, surtout lorsqu’on suit une personne en particulier, devient une collaboration entre le filmeur et le filmé. Le « personnage » devient acteur de son propre rôle. Le documentaire lui permet une nouvelle manière d’être lui-même. Et Kabwita a occupé cet espace avec un naturel et une aisance incroyables.

(...) Votre film est très matérialiste et en même temps ouvre sur une dimension conceptuelle...

Ce qui m’intéresse, c’est de faire surgir du concret une autre dimension. Le concret, c’est la rencontre de l’homme physique avec la réalité matérielle du monde. Cela peut passer par l’effort, la douceur... On existe par l’action que l’on a dans le monde. Si les enjeux sont simplifiés au maximum, comme dans Makala, ressort de façon très claire l’effort de l’homme pour continuer à vivre. Or, en tant que cinéaste, je vois surgir de cela une beauté humaine, qui dépasse le prosaïsme. Il y a une beauté dans le savoir-faire que Kabwita met en œuvre pour construire le four, par exemple.

(...) Makala est superbe plastiquement, tout en évitant l’esthétisation de la misère.

J’avais tourné Bovines entièrement avec une caméra sur pied et cette fois j’ai fait l’inverse, je n’ai même pas emporté de trépied. C’était un choix pratique et esthétique. Je voulais être le plus mobile possible. Je disposais de deux caméras différentes. Une caméra à l’épaule, avec laquelle on obtient des mouvements assez bruts, donc sensément plus « expressifs ». Et un appareil photo assorti d’un petit système de stabilisation, proche d’un « rendu steadycam ». Au final, je constate que j’ai beaucoup utilisé le système stabilisé, qui est d’une certaine manière plus « esthétique », simplement parce que cela permet de faire des plans plus longs qu’on regarde sans être gêné par les cahots. Du coup, je crois que l’on est plus attentif à ce que l’on voit. L’expressivité que je cherche ne passe pas nécessairement par un rendu plus directement expressif de la caméra, elle vient de l’attention que l’on porte aux choses. Et puis, comme Kabwita et ce qu’il accomplit me semblent beaux, j’avais envie de faire exister cette beauté. ■

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